
Approvisionnement énergétique suisse neutre en CO2 — quel est le vrai coût ?
Les physiciens de l’EPFL calculent ce que coûterait un approvisionnement énergétique suisse entièrement neutre en CO2. Sept trajectoires technologiques sont comparées et dotées d’une étiquette de prix — pas un plaidoyer politique, mais une étude d’ingénierie qui montre où se situe le vrai goulot d’étranglement.
Conclusions clés
Le vrai problème n’est pas la production d’électricité, mais le stockage. Le photovoltaïque et l’éolien peuvent couvrir environ 75 % de la demande d’électricité suisse à faible coût. Les 25 % restants — électricité à la demande en hiver — sont le problème du stockage saisonnierLa Suisse produit bien plus d'électricité qu'elle n'en consomme l'été et beaucoup moins l'hiver. Cette différence d'environ 20 TWh par an doit être comblée d'une façon ou d'une autre — c'est le problème du stockage saisonnier. . Ce problème saisonnier est le plus grand facteur de coût.
L’énergie nucléaire et les centrales thermiques à bio-huile sont les options les moins chères à la demande. Pour combler l’écart de 25 %, sept technologies sont comparées. Les centrales thermiques combinées avec bio-huile et les futurs réacteurs nucléaires (réacteur à sels fondus au thoriumLes réacteurs à sels fondus sont une technologie de réacteur nucléaire de nouvelle génération qui n'est pas encore commercialement disponible. Ils sont considérés comme plus sûrs et plus efficaces que les réacteurs nucléaires actuels, mais se trouvent pour la plupart encore au stade expérimental. ) atteignent des coûts comparables de 0,06 à 0,08 CHF/kWh. Le photovoltaïque avec stockage d’hydrogène coûte sept fois plus.
L’étude recommande comme scénario privilégié les centrales thermiques combinées avec bio-huile ou hydrogène. L’énergie nucléaire est l’une des options calculées — à prix comparable, mais légalement bloquée. La différence décisive réside dans le mode de fonctionnement : les centrales nucléaires fonctionnent en continu toute l’année et résolvent le problème hivernal par leur charge de base constante, l’électricité excédentaire d’été est pompée dans les lacs de retenue. Les centrales combinées fonctionnent à la demande : elles sont arrêtées tant que le PV et l’hydroélectricité suffisent et fournissent ciblément en hiver. Cela en fait un complément plus approprié — et l’huile de palme dans les réservoirs existants est le stockage.
Toutes les importations ne sont pas au même coût — les différences sont énormes. Le scénario recommandé avec huile de palme importée (traitée en carburant synthétiqueL'huile de palme est affinée avec de l'hydrogène pour être utilisée comme carburant synthétique dans les centrales combinées. ) coûterait environ 1,70 CHF/litre et environ 5'300 CHF par habitant et par an. En contraste, le carburant synthétique entièrement importé, fabriqué à partir du courant PV et du CO₂ prélevé dans l’air, coûterait 10,80 CHF/litre et jusqu’à 21'000 CHF par habitant — parce que trois étapes de conversion énergivores doivent être enchaînées.
L’électrification complète réduit la consommation totale d’énergie d’un tiers. La pompe à chaleur et la voiture électrique consomment moins d’énergie que le chauffage au fioul et le moteur à combustion — la consommation totale d’énergie tombe de 232 à 156 TWh par an. La demande d’électricité augmente presque au double, car davantage d’applications sont converties à l’électricité.
Le commerce d’électricité européen ne résout pas le problème d’approvisionnement. Tous les pays européens ont les mêmes saisons — et donc le même goulot d’étranglement hivernal en même temps. Chaque pays doit constituer ses propres réserves. L’étude recommande de stocker l’énergie sous forme d’huile synthétique : l’infrastructure existante — réservoirs pétroliers, réserves obligatoires de 4,5 mois — peut être utilisée directement.
Note éditoriale — Mars 2026
L’étude a été rédigée en 2024 comme étude d’ingénierie — principalement comme comparaison des coûts. La question de la sécurité énergétique face aux risques géopolitiques n’a pas été au cœur de l’analyse. Cependant, cette dimension a pris du poids avec les perturbations internationales des dernières années.
De ce point de vue, l’énergie nucléaire pourrait avoir un avantage que l’étude n’évalue pas : Une centrale nucléaire de nouvelle génération consomme selon l’étude moins de 30 tonnes de combustible par an. Cette petite quantité peut être stockée sur un espace réduit pendant des années. Quiconque dispose d’une réserve de cinq ans est largement indépendant des interruptions d’approvisionnement à court terme. Le scénario bio-huile, en revanche, nécessite des livraisons de pétroliers à grande échelle — plus robuste que le gaz naturel d’un seul pipeline, mais structurellement similaire à la dépendance d’importation actuelle.
L’étude ne tranche pas sur la solution la plus résiliente en cas de crise. C’est une mise en balance politique qui dépasse les questions d’ingénierie.